Pierrot de Lune

20 avril 2018

Mademoiselle Gisèle.

La silhouette est menue, assise sur le banc de bois adossé au mur de la vieille gare.  Elle pourrait être celle d’une petite fille si n’étaient son manteau et son chapeau d’un autre temps.  En s’approchant, il n’y a plus aucun doute.  Son visage rond aux rides profondes est celui d’une octogénaire.  Son regard bleu a cependant quelque chose d’enfantin même si on y perçoit une profonde tristesse, une absence.

Gisèle serre contre elle son petit sac de cuir noir.  Indifférente aux voyageurs, peu nombreux qui patientent sur le quai comme aux personnes venues attendre un passager. Le train est annoncé avec un retard probable de dix minutes. 

Le ciel est gris en cette matinée d’automne.  La lumière peine à percer les lourds nuages.  Il fait pourtant doux.  Le vent des derniers jours s’est apaisé.  Seule la pluie menace.  Quand bien même les éléments se seraient déchainés, ils n’auraient pas découragé Gisèle à prendre place sur le banc dès l’aurore.  Elle ne quittera pas la gare avant la nuit tombée et le dernier train.  Celui de vingt heures dix-huit.  Le quatrième de la journée.

A son arrivée, Honoré, le chef de gare l’a saluée, lui dont elle fut l’institutrice durant l’enfance.  « Bonjour Mademoiselle Gisèle, c’est toujours un bonheur pour moi de vous voir.  Je me suis assagi avec le temps mais surtout grâce à votre patience et vos précieux conseils ».  Elle s’est contentée d’un petit sourire et d’un signe discret de la tête.

C’est vrai qu’elle en avait eu de la patience durant toutes ces années où elle avait fait la classe à des générations de bambins qui préféraient galoper dans les champs ou se chamailler sous le préau.  Il lui avait fallu composer aussi avec certaines familles quand arrivait le temps des moissons ou des vendanges. Beaucoup lui devaient d’être la femme ou l’homme qu’ils étaient devenus et lui en étaient reconnaissants. Pendant quarante-cinq ans, elle avait tenu l’unique école du village avec une poigne de fer et une bienveillance à toute épreuve. Pour elle, il ne lui devait rien.  Les fleurs ne remercient pas le jardinier à qui elles font le cadeau d’éclore et de sépanouir autour de lui.

Honoré savait qu’elle passerait toute la journée sur le banc comme chaque vingt octobre depuis mille neuf cent quarante-cinq.  A l’époque, il n’était pas encore né mais son père, avant lui, en avait été le témoin. Chez les Gérard, on est chef de gare de père en fils.  Avant lui, c’était Isidore qui avait succédé à son père, Anatole.  Après Honoré, la relève n’était pas assurée car deux filles étaient venues illuminer leur foyer.  Après tout, fallait-il que ce soit un garçon qui reprenne le flambeau ? L’une d’entre elles souhaiterait peut-être perpétuer la tradition.  Il voyait bien Florine, la cadette prendre sa succession. Chaque congé était pour elle l’occasion d’accompagner son père et d’épouser ses moindres mouvements.

Tout au long de cette journée, il n’aura de cesse de s’assurer que Mademoiselle Gisèle ne manque de rien.  Chaque fois, elle lèvera les yeux vers lui.  Avant même qu’elle prononce le moindre mot, il rougira comme un enfant pris en défaut.  Malgré les années, elle l’impressionne toujours.  Elle lui dira : « Tu es un bon garçon, Honoré.  Toujours aussi prévenant.  Ne t’inquiète pas, j’ai tout ce dont j’ai besoin ».  Il retournera à ses occupations nombreuses puis reviendra.

Le premier train entre en gare.  Quelques passagers en descendent cédant leur place aux voyageurs en partance pour une journée de labeur, une visite à une connaissance ou tout simplement en quête de dépaysement.  Tous la salueront.  Elle leur répondra par un hochement de tête mais aucun ne retiendra son attention.

Son regard est ailleurs.  Autrefois.  Le quai bondé.  Envahi par ces jeunes soldats accompagnés d’une famille, d’une fiancée ou d’un ami.  Des larmes.  Des cris. Des mains qui ne veulent pas se séparer.  Des étreintes longues et violentes.  Des promesses.  Victor et elle étaient restés enlacés jusqu’au bout.  Il l’avait rassurée : « Je serai bientôt de retour ».  Ils s’étaient promis d’unir leur destinée dès que cette guerre dont ils pensaient qu’elle n’allait pas durer serait terminée.  Il y avait de la peur mais aussi de l’euphorie et de la fierté chez les jeunes appelés.  Ils partaient combattre pour défendre leur pays.

Les mois s’étaient écoulés, trop nombreux.  Les lettres s’étaient suivies trop rares et de plus en plus clairsemées dans ce qui devint bientôt des années.  Certains avaient fini par rentrer.  D’autres avaient rejoint l’éternité. Il y avait ceux dont on n’avait pas de nouvelles au nombre desquels figurait Victor.  Et puis, il y avait eu l’annonce de ce train qui allait ramener chez eux les derniers enfants du pays.  C’était un vingt octobre.  Tout juste soixante ans aujourd’hui.  Elle avait revêtu sa plus belle robe, celle qu’elle portait lors de ce bal où ils s’étaient embrassés pour la première fois.  Et son manteau, son petit chapeau et son sac noir.  Comme aujourd’hui.  Comme chaque vingt octobre. A l’arrivée du train tant attendu, si des mères, des femmes, des fiancés, des frères et des soeurs avaient pu serrer dans leurs bras l’être cher qui leur était enfin rendu, elle était restée seule.

Quelques semaines plus tard, elle avait reçu un courrier qui lui apprenait que tout un bataillon avait été anéanti lors d’une offensive particulièrement meurtrière. Victor figurait au nombre des disparus non identifiés comme officiellement morts.  Elle avait accompli quantité de démarches, effectué de nombreux déplacements.  Rien qui ne la mette sur la piste de son bien-aimé.  Un monument avait été érigé à la mémoire de ces sodats inconnus.  Dans le village, le nom de Victor avait rejoint celui des enfants du pays morts pour la patrie.  Un nom gravé dans du marbre en lettres dorées.  Difficile de faire le deuil d’un être dont on ne sait pas s’il est ou s’il n’est plus. De plus, il lui semblait que le deuil aurait sonné le du timbre de la résignation.  Point de résignation pas plus que de vaine attente pour Gisèle.  Elle savait celle-ci destructrice. 

La certitude ?

Pour elle, la seule certitude est qu’il y a un début et une fin.  Alors, oui, elle avait la certitude de le revoir : ici ou dans l’au-delà.  Entre ces deux extrémités, s’écoule le temps dont l’échéance nous est inconnue.  Il n’y a pas non plus d’itinéraire mais des chemins que l’on prend ou pas, des bifurcations, des changements de direction et des pauses.  La vie nous est donnée, il nous appartient de tisser les fils de notre histoire.  Alors, elle avait saisi la main de l’espoir, décidée à le suivre, non pas aveuglément mais dans ce qu’il a de plus beau…le cheminement.

Les saisons s’étaient succédées et les années aussi.  Elle affectionnait le printemps et l’été qui lui offraient les joies du potager, les moments de partage avec la nature en éveil.  C’était pourtant l’hiver qu’elle aimait pardessus tout. Ils étaient rigoureux dans la région même s’ils s’étaient considérablement adoucis depuis une décennie.  La neige tombait en quantité et s’installait pour quelques semaines.  Assise près de la fenêtre, elle brodait ou raccommodait un vêtement usagé dans la lumière du jour qui s’en va. Machinalement, ses mains s’immobilisaient.  Elle n’était plus que regard. Elle entrait en contemplation.  Les branches du vieil aulne tombaient lourdement sur le sol, lestées de paquets de neige qui les tenaient en respect.  Le jardinet était endormi, revêtu d’un manteau blanc que seuls les empreintes des oiseaux égratignaient. Un pinson dont elle aimait à penser qu’il était toujours le même et qu’elle nommait Pierrot s’aventurait sur l’appui de la fenêtre comme s’il venait lui faire la conversation.  Elle se surprenait à lui parler. 

C’était dans ce paysage, par cette même fenêtre qu’elle avait aperçu Victor pour la première fois.  Une stature imposante et un regard profond dans la lucarne de son passe-montagne.  Il venait chercher de l’aide car une roue de sa charrette s’était bloquée dans l’épaisse neige suite à un écart de son cheval.  Son père et ses deux frères lui avaient prêté main forte.  Il avait accepté de bon cœur un bol de soupe fumante prête pour le repas du soir.  Il s’était joint à la joyeuse tablée pour le plus grand plaisir de sa mère qui réservait toujours une place pour un visiteur inattendu ou un nécessiteux.  Leurs yeux s’étaient croisés à plusieurs reprises non sans que Gisèle n’ait senti ses joues s’empourprer.  Il avait les cheveux blond et hirsutes à cause du passe-montagne.  Son sourire était doux.  Il émanait de lui une force tranquille.  Ils s’étaient plus.  Ils s’étaient revus encore et encore.  Il avait vingt ans, était bûcheron et travaillait le bois.  Elle en avait dix-neuf et serait bientôt institutice.  Ils auraient une vie rude mais heureuse.  Avec des enfants.  Ils allaient se marier.  Et puis,…Depuis, chaque fois qu’elle regardait le paysage enneigé dans le cadre de la fenêtre, elle voyait cette haute silhouette.

Ses deux frères avaient fait la guerre, étaient revenus, l’un y avait perdu un bras.  Ils avaient épousé des filles du pays et nourrissaient une belle famille.  Elle était restée dans la maison de leur enfance après le décès du père puis de la mère dix ans plus tard.

Ses enfants étaient ceux de ses frères et aussi les gamins et gamines qui avaient animé de leur vie la petite école.  Même bien après sa retraite, elle n’avait pas abandonné ce qui était pour elle plus qu’une vocation.  Disponible pour les enseignants qui lui avaient succédé, pour les enfants en difficultés scolaires ainsi que pour les fêtes organisées à l’occasion de l’une ou l’autre circonstance.

Son cheminement vers l’espoir l’avait rendu heureuse.  Elle collectionnait ces petits moments de bonheurs comme des pierres précieuses délicatement conservées dans l’écrin de son cœur.

Le train de vingt heures dix-huit a quitté la gare.  Le quai est déserté par ces âmes pressées de retrouver la douceur de leur foyer au terme d’une longue journée.  Elle est seule comme il y a soixante ans.  Honoré s’approche, une dernière fois pour la saluer avant qu’elle ne rentre chez elle.  Elle est immobile.  Pas de hochement de tête quand il lui adresse la parole.  Il approche son visge du sien.  Ses yeux grands ouverts ne cillent pas.  Un sourire illumine son visage.  Il ose la familiarité de lui toucher le bras.  Le tronc menu tombe vers l’avant.  Gisèle est morte.  En proie à une vive émotion, il sanglote.  Il crie.  Il la serre dans ses bras pour la première fois.  Il est inondé de chagrin mais le bonheur se faufile dans ce torrent de larmes.  Il sait que cette fois, Victor est venu.  L’heure des retrouvailles et des épousailles à sonner pour l’éternité.

Aujourd’hui, les trains ne s’arrêtent plus à la petite gare.  D’ailleurs, ce n’est plus une gare.  Florine n’est pas devenue chef de gare mais responsable de ce qui est désormais un musée dédié aux habitants du village et à leurs héros qui durant la guerre se sont mobilisés face à l’adversité. Plus de voyageurs mais des visiteurs, des touristes qui  au terme de leur visite ne manquent pas de venir se recueillir et saluer cette petite dame en bronze assise sur un banc à l’identique.  Sur la plaque commémorative, ils peuvent lire : « A Gisèle Pinson, institutrice et résistante de la première heure qui par son courage et au péril de sa propre vie a permis à de nombreux enfants nés sous le signe de l’étoile jaune de devenir des hommes et des femmes dignes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 mars 2018

Le silence pour complice

Se taire

Faire abstinence de paroles.

Sceller les lèvres

Empêcher l’envol des sons.

 

Se terrer

Se confiner en son être.

Se blottir contre le cœur qui bat.

S’abandonner au bercement des émotions.

 

Se draper de silence

Plonger dans ses eaux profondes.

S’abreuver à sa source

Se nourrir de sa puissance.

 

Se lover dans la chaleur de ses bras.

Sentir l’éclosion, le jaillissement

Laisser monter l’ébullition.

Se multiplier les couleurs, les images.

 

Saisir la plume, prolongement de la main

S’envoler l’oiseau libre sur le lac blanc

Fourmis se jouant de l’immaculée

Se dessinent les mots en une interminable farandole.

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12 mars 2018

Le coeur du bonheur

Tandis que tombe la nuit, elle se tient devant la maison et regarde par la fenêtre.  Une douce lumière jaune éclaire la pièce de vie.  Une jolie nappe sur la table.  Un vase rempli de fleurs de saison. Une commode en pin.  Sur la cuisinière, une casserole laisse s’échapper de petits volutes qu’elle imagine au parfum d’une bonne soupe. Il n’y a personne. Pourtant tout indique la chaleur d’un foyer.  Elle se blottit dans ses propres bras.  Elle est là contemplative comme devant une toile.
 
Elle se surprend à se hisser sur la pointe des pieds comme lorsqu’elle était petite, minois souriant de se voir dans le miroir de la vitre, deux tresses dansant joyeusement sur ses épaules.  Ses yeux curieux croisaient alors le regard de sa grand-mère qui l’invitait d’un geste affectueux à rentrer pour le souper.  Après la soupe revigorante de l’hiver et une grosse tranche de ce pain encore chaud, il y aurait le morceau de chocolat dont elle aurait choisi le goût.  Elle le laisserait fondre avec gourmandise sur sa langue.
 
Plus tard, elle se loverait contre sa grand-mère dans le divan recouvert d’un plaid à carreaux. Dehors, la pluie et le vent viendraient frapper à la fenêtre.  Peu importe, il ne pourrait rien lui arriver.  Elle s’endormirait sur l’épaule accueillante tandis que les images en noir et blanc danseraient sur l’écran de l’archaique télévision.
 
Aujourd’hui, il n’y a personne pour l’inviter à rentrer. D’ailleurs, il n’y a pas âme qui vive dans cette pièce.  Elle n’a plus de tresses non plus.  Son reflet lui renvoie le visage d’une jeune femme aux cheveux résolument courts, au regard embué.  Plus besoin non plus de se hisser sur la pointe des pieds.  Alors inconsciemment, la ballerine descend de ses pointes.  Et puis, ce n’est plus cette maison .  Elle qui partit en fumée un soir funeste de négligence de cet homme qui alors avait pris possession des murs sans respect pour leur histoire.  Sa grand-mère avait depuis longtemps rejoint les étoiles et certains soirs, il lui arrivait de la voir briller au firmament.  
 
Aujourd’hui, c’est juste l’endroit où jadis il faisait toujours beau et que battait le cœur du bonheur. 
 
Elle ne reviendra plus.  Il fallait qu’elle voit même si au fond d’elle-même elle savait.  Elle a vu.  Désormais, elle pourra feuilleter sereinement les pages de leur histoire que même la puissance destructrice du feu ne pourra ni embraser, ni consumer.  A nouveau, elle sentira battre le cœur du bonheur.

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11 mars 2018

Aux âmes errantes

Aux âmes errantes en quête d’un quai à la nuit tombante

Echalas efflanqués, visages émaciés, regards égarés

Ombres furtives perdues dans la brume naissante

Fantômes qui n’effraient plus les enfants délurés.

 

Aux âmes errantes transparentes aux yeux du soleil levant

Orphelins de toute dignité, ils n’ont plus d’identité

Pestiférés des temps modernes, lépreux en guenilles

Ames condamnées à l’oubli par les égoïstes civilisés.

 

Aux âmes errantes, épouvantails urbains dressés dans le vent

Corbeaux endimanchés, ne vous fiez pas au plumage

L’apparence, masque aux mille visages, cache un trésor

Cœur battant à tout rompre sans fard ni dentelles.

 

Aux âmes errantes, formes abandonnées au sol enneigé

Cols montés, corps emmitouflés passant sans un regard

Chaleur du foyer, refuge du cœur gelé, prisonnier de l’indifférence

Dehors, nuit noire étoilée sur un corps à jamais abandonné.

 

 

 

 

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07 mars 2018

La prison des émotions.

D'abord, ce film brillant qui tapisse l'oeil, embue le regard.

Et puis, une perle qui se forme juste sur le coin.

Elle roule, déroule un collier de ses semblables.

Elles deviennent ru et ensuite, ruisseau le long de la joue.

Puissent-elles devenir rivière ou mieux encore torrent

Mais l'heure n'est point encore venue.

Déjà le corps se tétanise, étouffe le sanglot jusqu'à la douleur.


Pourtant, un sourire s'esquisse sur cette bouche,

L'heure du dégel a sonné pour ces lèvres pétrifiées.

Bientôt, elles pourront s'ouvrir, retrouver une fragile mobilité

Puis s'exprimer, parler, vomir ces émotions revenues.

Mais il faudra encore apprivoiser le corps,

Lui dire qu'elles ne sont pas ennemies, 

Qu'il lui faudra les laisser s'envoler s'il ne veut plus souffrir,

S'il veut tout simplement vivre.

 

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06 mars 2018

L’Angelus.

 The Weather Channel Cloud angel yesterday over Royal Palm Beach, Florida. Thank you WPTV Newschannel 5 viewer in West Palm Beach Jodi G.

 

Il était l’ange élu, brillant au firmament. Il volait bien au-dessus de la meute de ses pairs dont il se jouait et qu’il narguait sans vergogne.

Il prenait grand soin de son plumage dont la blancheur n’était à nulle autre comparable.

Il était admiré de tous.  Il suscitait la convoitise, l’envie voire même la jalousie.

Ils étaient nombreux à se prosterner à ses pieds, un regard de lui les aurait rendus heureux, les aurait fait exister.

S’il aimait leurs compliments, se vautrait dans leurs éloges, il n’avait que faire de leur velléité d’affection. Il n’était pas âme à donner dans l’émotion qu’il qualifiait péjorativement de sensiblerie.

Pas question d’amour non plus.  Qu’était-ce que l’amour sinon un sentiment de dépendance et de soumission.

Ils les toisaient, ces mendiants, les gratifiait d’un regard dédaigneux où se lisait le mépris.

Après tout, il était l’ange élu et règnait en maître invincible.

 

Et puis, était survenu un vent mauvais qui avait vu s’envoler une plume, une seule mais sans conteste la plus belle.  C’étaient alors amorcées sa descente et sa déchéance.

Tous l’avaient vu tomber.

Ils avaient assisté, impuissants, à sa lente et longue chute car si certains avaient témoigné de la volonté de lui porter assistance, il les avait repoussés, invectivés.

Ils n’avaient que leurs yeux pour pleurer, leur bouche pour crier leur effroi, leur visage pour afficher le masque de la peur.

 

A midi, lorsqu’avait sonné le troisième coup de l’Angelus, tout était fini.

Il n’était plus qu’un amas de plumes gisant sur la terre tourmentée.

Il avait rejoint les ténèbres de l’enfer dans un cri glaçant.

Il n’était plus, désormais que l’ange déchu…

 

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13 janvier 2018

La main tendue.

Poing serré aux phalanges blanchies en une douleur contenue, une souffrance muette

Lentement, il se libère de son étau,

Toujours fermé, il reprend vie et couleurs

Les doigts se déroulent un à un dans un ralenti libérateur,

Il s’allongent, abandonnent leur catatonie.

La main s’ouvre corolle épanouie,

Elle s’agite mollement avec timidité,

Elle s’enhardit et se tend vers cette autre qui l’appelle, du moins le croit-elle

Ses doigts effleurent ceux qui l’attendent, du moins le croit-elle

Brutalement, ceux-ci se dérobent accompagnant le mouvement de cette main, fausse amie, rejoignant la chaleur dédaigneuse d’une poche.

La sienne reste en suspension, inutile, penaude,

Honteuse d’avoir eu l’audace et la prétention de croire qu’une main délicatement manucurée s’enhardirait à saisir cette paume crevassée, ces doigts informes aux ongles sales.

Alors, à nouveau le poing se serre jusqu’au blanchissement des phalanges, jusqu’à la morsure des serres rongés dans la chair ou de qu’il en reste…

Pas de poche où aller cacher son malaise, où goûter quelque chaleur, où trouver un peu de réconfort,

Il fait bien froid dehors pourtant rien de comparable avec celui qui pétrifie le cœur des Hommes.

 

 

 

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15 septembre 2017

Mathias et l'enchanteur

Isadora est une petite fille rêveuse et solitaire. Fille d’un marin pêcheur et d’une poissonnière qui fait les marchés, elle est souvent livrée à elle-même. Hormis les visites à son grand-père, elle passe tout son temps libre auprès de son amie et confidente : la mer. C’est l’hiver qu’elle préfère parce qu’elle ne doit pas la partager.  Et puis, il y a le vent qui lui raconte des histoires et l’eau qui danse rien que pour elle.

A marée basse, elle se promène pieds nus dans le sable durci en quête de coquillages, autant de cadeaux déposés par les vagues à son intention.  Elle s’amuse de l’écume qui au terme de son voyage vient lui caresser les orteils.  Assise dans le sable, elle peut passer des heures à regarder l’horizon, à planter ses yeux sur les vagues et partir pour de longs voyages.

Un de ces jours d’hiver, quelle n’a pas été sa surprise de découvrir un présent bien singulier : une bouteille.  Et pas n’importe laquelle.  A l’intérieur était glissé un rouleau de feuilles de papier. Son cœur s’est mis à cogner à tout rompre dans sa poitrine.  Fébrilement, elle a ôté le bouchon et à l’aide de son doigt a extirpé l’objet de sa curiosité.  Elle a déroulé les trois feuilles épaisses et jaunies sur lesquelles courent une écriture malhabile. 

Certains passages étaient pratiquement illisibles, l’eau et le temps avaient fait leur œuvre.  Cette missive était signée « Mathias ».  Ses yeux ont dévoré plus qu’ils n’ont lu le précieux document.  La lecture en a été difficile et elle a donc du reconstituer certains passages approximativement en fonction du sens.

Elle était datée du 16 décembre 1932 et commençait par ces mots : « Je ne sais si cette lettre sera jamais lue ni même, dans l’éventualité où elle le serait, si mon âme sera encore de ce monde».  Les mains d’Isadora tremblaient.

« Je m’appelle Mathias.  J’avais quatorze ans quand je me suis embarqué dans cette aventure.  Depuis, beaucoup de temps a passé sans que je puisse dire précisément combien d’années se sont écoulées.  Aujourd’hui, je me sens vieux bien que je ne doive pas l’être tellement.  Peut-être ai-je trente ans ou moins.  Je n’en sais rien.  Est-ce cela le plus important ? »

« Je me promenais sur le port comme d’habitude.  Je regardais les marins qui revenaient de leur pêche et me plongeais dans cette ambiance toute particulière.  Je savais qu’il y avait peu de chance de trouver mon père parmi eux.  A cette heure, il devait déjà être attablé dans un troquet où il s’ enivrerait jusqu’à la tombée du jour.  Il en était ainsi depuis le départ de ma mère.

Mon attention avait été attirée par un homme d’un certain âge.  Tous les adultes ont un certain âge lorsque l’on est enfant ou adolescent.  Il se tenait sur le pont de son bateau.  Ce n’était pas un pêcheur.  Il portait une veste usée de drap bleu ornée de boutons dorés.  Une casquette qui avait un jour été blanche et oscillait entre le gris et le noir.  Une barbe sombre parsemée de fils d’argent mangeait son visage.  Il aurait pu passer inaperçu s’il n’avait pas eu ce regard dont vous ne pouviez vous détacher dès lors que vous l’aviez croisé. C’était lui qui de loin m’avait fait le remarquer.  J’étais parvenu jusqu’à lui sans même m’en rendre compte.  J’étais hypnotisé.  Oserais-je dire envoûté ?  Je n’étais pas le seul.  Deux jeunes garçons étaient à mes côtés et le regardaient avec la même fascination.  Son discours avait fait le reste.  Nous nous étions donc retrouvés tous les trois sur son bateau, embarqués pour ce voyage vers cette île en quête de cette malle aux trésors dont un de ses amis lui avait révélé l’existence avant son décès.  Mis à part Archimède, c’était son prénom, trois marins constituaient l’équipage.  Aujourd’hui encore, je peux jurer que ce n’était pas la malle aux trésors qui m’avait amené à le suivre mais lui.  Cette rencontre était et restera mémorable.  Même si les raisons d’aujourd’hui ne sont plus celles d’alors.

Le voyage avait duré environ un mois.  Il m’était encore possible de compter les jours en m’en référant aux levés et aux couchés du soleil.  Nous n’étions pas des simples passagers mais avions intégré l’équipage même si nos tâches étaient des plus élémentaires voire même ingrates.  Tout cela nous paraissait normal.  Comme une logique contribution à l’avenir qui nous attendait.  Archimède nous rappelait régulièrement que c’était le destin qui nous avait placé sur sa route, qu’à ses côtés nous allions accomplir de grandes choses et qu’il veillerait sur nous.  Il ajoutait qu’il savait ce qui était bien pour nous et que si la vie ne nous avait pas gâtés, des jours meilleurs s’offraient à nous.

Nos repas étaient bien maigres mais nous apparaissaient comme un festin, nous qui ne mangions pas à notre faim tous les jours.  Mes deux compagnons de voyages étaient frères et orphelins.  Deux escales avaient ponctué notre traversée mais aucun de nous n’avait posé un pied sur la terre ferme.  Nous restions enfermés dans la cale qui nous servait aussi de chambre.  Archimède prétendait que c’était pour nous protéger du monde extérieur.  Même si l’argument m’avait paru quelque peu incongru, je n’avais pas sourcillé.

C’était à bord d’une barque que nous avions rejoint l’île alors que le bateau mouillait au large.  Une plage immense, une végétation luxuriante, des oiseaux de toutes les couleurs nous avaient accueillis.  J’étais émerveillé.  Tant de beauté.  Cette mer si bleue, ce sable fin et chaud, ce soleil immense dans un ciel d’azur constituaient un véritable paradis.  L ‘île ne semblait pas habitée.

Après une marche qui nous avait parue très longue, nous étions arrivés devant une grande et vétuste bâtisse en pierres.  Sur le linteau coiffant la haute porte en bois, on pouvait lire : la malle au trésors.  Ce n’était pas tout à fait l’idée que je m’en faisais.  Nous étions tous les trois médusés.  Nous entrâmes et fûmes accueillis par une femme au visage anguleux, toute de rouge vêtue.  Sa longue chevelure grise paraissait interminable.  C’était l’épouse d’Archimède.  Cette salle immense dans laquelle nous avions pénétré ressemblait à un chantier de construction.  Des jeunes hommes et filles oeuvraient, fourmis laborieuses, à la construction de murs.  Toutes et tous affichaient un large sourire. Il nous avait présentés à eux comme de nouveaux trésors.  Ils nous avaient saluaient avec enthousiasme.  Pendant le repas qui nous avait été servi, il nous avait expliqué son projet de construire une cité où nous vivrions libres de la médiocrité et de la méchanceté du monde.  Nous l’écoutions fascinés. Chaque journée serait consacrée à cet édifice : le matin, il s’agirait de participer à la rénovation de la maison, l’après-midi à l’aménagement et à la culture du grand jardin situé à l’arrière.  Une fois par semaine, toute la communauté, comme il la nommait, l’accompagnait pour visiter l’île et découvrir ses bienfaits et richesses.

C’était ainsi que les choses s’étaient déroulées.  Si je prenais beaucoup de plaisir à la rénovation, j’aimais tout particulièrement le temps que nous puissions à l’extérieur.  Le jardin dont le développement était spectaculaire au sein d’une naturedéjà riche.  La promenade hebdomadaire durant laquelle il nous enseignait les plantes, la faune de l’île.  Parfois, il m’arrivait de regarder la mer nostalgique mais sans regrets.

Le temps s’était ainsi écoulé et nous mesurions les avancées de nos investissements avec ravissement.  Nous ne sortions jamais seuls.  Lorsqu’il partait en quête de nouveaux trésors, le contact avec l’extérieur se limitait au jardin immense qui suffisait à notre épanouissement.

Je n’avais pas été long à comprendre qu’ Archimède était ce que l’on avait coutume d’appeler « un marchand d’âme ».  Les trésors que nous étions contribuaient à l’édifice de cette cité sur laquelle il règnait en maître « bienveillant ».  Peu à peu, j’éprouvais une sensation d’étouffement.  Je me réveillais la nuit en sueurs.  A plusieurs reprises, j’avais gagné la porte d’entrée que j’avais vainement tentée d’ouvrir.  Je voulais sortir, voir la mer, respirer.  Archimède m’avait alors indiqué le jardin où je pouvais évoluer à mon gré.  Aller au-delà m’exposait aux dangers du monde tant que nos travaux n’étaient pas terminés.  Avait alors germée l’idée qui devint rapidement une conviction : j’étais prisonnier.  Nous étions tous prisonniers.  A chacune de nos sorties en groupe, j’avais donc entrepris de jeter discrètement une bouteille à la mer.  Ce simple geste m’avait permis de retrouver quelque sérénité.  Le cours des journée m’apportait toujours autant de bonheur si ce n’était sensation de n’être pas totalement libre qui me tenaillait.  La nuit quand l’insomnie me tenait éveillé, j’écoutais le vent dans les arbres me raconter des histoires d’ailleurs.

Isadora a sursauté. Ses yeux se sont ouverts brusqement.  Machinalement, elle les a frottés de ses deux poings serrés.  Elle a promené son regard autour d’elle.  Elle était dans une cabane de pêcheur.  Plus précisément celle de Martin à en juger par les nasses étiquetées à son nom. Le bruit du vent.  La porte de la cabane qui claque.  Tout cela n’était donc qu’un rêve ? La bouteille ? Mathias ? La malle aux trésors ?  Le marchand d’âmes ?  Rapidement, elle est passé de la joie à la déception.  Elle s’est souvenue.  Surprise par la violence de la pluie mêlée à celle du vent, elle avait trouvé refuge dans la cabane de Martin.  Elle s’était endormie sur ce cordage où elle est assise.  Et Mathias, alors que va-t-il devenir ? Dehors, si la pluie avait cessé le vent n’avait pas démissionné.  Il faisait sombre et elle devait rentrer chez elle.  En gagnant la porte, son attention a été attirée par une feuille gisant sur le sol.  Elle était jaunie.  Se penchant, elle s’est saisi de celle-ci. Ecrite d’une main malhabile à l’encre délavée par l’eau, elle disait : « Merci d’avoir pris le temps de me lire.  Mathias ».  Ayant retrouvé sa bonne humeur, le précieux papier fourré dans la poche de son pantalon, elle est repartie en courant vers sa maison.

 

 

 

 

 

 

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07 juin 2017

Dans les coulisses de la lumière

Il se réveille en sursaut.  En sueur.  Sa chemise lui colle au corps.  Quelle heure est-il ? Il regarde autour de lui.  Il fait sombre.  Est-ce pour autant la nuit ?

Il n’y a pas la moindre fenêtre, pas la moindre faille dans la muraille de cette tour humide qui suinte, ruisselle jusqu’au clapotis.  Il a froid.  Les membres gourds.  Le corps grelottant, il se replie sur lui.  S’enserre de ses bras en quête de la moindre chaleur qui pourrait lui apporter quelque réconfort.  Sa tête est douloureuse et lourde.  Il crie, pleure de colère, de tristesse.  Qui donc va l’entendre ? Seul.  Tristement seul.  Désepérément seul.  Que leur a-t-il fait ?

Il se rappelle son père clamant à qui voulait l’entendre : « Wolfgang est un prodige.  Il a un don. » .  Pour sa part, il est plus enclin à parler de malédicition.

Poupée endimanchée à peine sortie de sa boîte. Singe savant.  Bête de foire.  Ces adultes au regard d’ogre, ces visages enfarinés, ces sourires carnassiers. 

Ces gens savent-ils seulement qu’il n’a jamais connu l’insouciance de l’enfance ?  Ces moments passés à gambader dans les champs, à se gaver de friandises, à faire des bêtises.  Comme il aurait aimé revenir les vêtements couverts de boue, les cheveux en pagaille.

Et ce Salieri qui lui voue une haine terrible depuis sa plus tendre enfance ? Que  lui a-t-il fait ?  Que sait-il de l’enfer de ses nuits ? Cette musique qui s’empare de son corps et de son âme jusqu’à le posséder. L’habite au point de le hanter.

Cette transe qui secoue son être, le précipite aux confins de la folie.  En quête de cette délivrance qui lui apportera un peu de répit, il saisit sa plume.  Dans l’obscurité juste entamée par la lueur de la bougie, la main fébrile s’anime.  Portées.  Notes noires, blanches, blanches pointées, croches, doubles croches. Soupirs du silence. Dièses de l’euphorie.  Bémol de l’abandon.  Andante. Pianissimo. Allegretto.  Elle trace.  Elle dessine.  Elle bat la mesure. Elle claque des accords sur le clavier noir et blanc.  Les pages succèdent aux pages.  La bougie pleure de grosses larmes de cire.

Ses yeux sont rougis par l’obscurité et la fatigue.  Les mains bleuies par l’humidité de la nuit.  Il galope cheval fougueux, mors aux dents, l’écume aux commissures des lèvres.  Son cœur bat à se rompre.

La bougie s’est éteinte.  Au loin, il entend le chant du coq.  Sa tête est vide, libérée.  Son corps harassé de fatigue va enfin pouvoir goûter un peu de repos. Pantin désarticulé, il s’effondre, la tête couchée sur l’ébène de son piano.

Vous lui parlez de cet avenir qui est le vôtre. Il est célèbre. Son nom est connu de tous.  Il est joué dans le monde entier.  Interprété par des musiciens prestigieux.  Il est passé à la postérité.  Un faible sourire se dessine sur son visage amaigri et blafard. Célébrité ? Postérité ? Nul n’est sans doute insensible au chant de la gloire.  Mais peu lui importe.  Et maintenant, alors ? Ce présent dans lequel il vit.  Cet instant auquel il s’accroche. Instant dont il voudrait qu’il dure encore parce qu’il sait qu’il ne verra pas l’aurore.  Il va entrer dans la nuit.  Pour toujours.  Il a 35 ans et demain, Mozart sera mort.

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25 mai 2017

Je tourne autour du pot

Je tourne au tour du pot. Pot de fer, pot de terre. Pot au lait. Potiron. Ils iront où mes potes ? Pot ? Potion magique. Allons, tu n'en as pas marre de tes digressions ? Tu tournes encore autour du pot. Oui, c'est vrai. Je vais essayer, je t'assure que j'e vais essayer.

Oui, je le reconnais : je tourne autour du pot. Tellement que j'en ai le tournis. Depuis longtemps. Peut-être même depuis toujours.

D'abord en décrivant des cercles parfaits, en me tenant à distance. Je ne le quitte pas des yeux dans ma farandole solitaire. Ensuite, j'évolue en spirales et m'en approche jusqu'au moment où je peux le toucher de la main. Je ne le touche pas. Les spirales reprennent en marche arrière. Je m'en éloigne à nouveau. Et puis, je recommence encore et encore sans me lasser.

Pourtant, il n'a rien de dangereux ce pot. Et quand bien même, est-ce suffisant pour t'arrêter ? Ce ne serait pas la première fois que tu te mets en danger. Il est même beau. Oui, je sais. Toi et les apparences, vous n'êtes pas amies. Et alors, il arrive que ce qui brille soit de l'or. Allons, voilà que tu te voiles la face maintenant.

Si en m'en approchant, je pouvais glisser et tomber dedans. Si une main invisible me poussait. Ce serait pareil. J'en aurais fini avec cette farandole ridicule. Non, ce ne serait pas pareil et tu le sais. Je t'ai connue plus volontaire.

A nouveau, je m'approche. Je le regarde. Il me fixe dans les yeux. Vais-je encore reculer ? Ma tête me dit : “Allons, vas-y. Tu vas sauter maintenant.” Mon corps est raide et ne répond pas. Elle insiste. Je respire à pleins poumons et puis…je saute.

Ça y est. Je suis dans le pot. Même pas mal, même pas peur.

Si j'avais su…

 

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