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Je suis une pierre. Je ne roule pas. Je n'amasse pas non plus de mousse. Je suis polie. Battue par la pluie, gelée par le froid, agressée par les vents violents.

J'ai perdu mes aspérités. Je suis ovoïde et me trouve plutôt belle. Je ne suis pas d'origine noble. Rien à voir avec le saphir dont j'admire la beauté pas plus qu'avec l'émeraude. Je ne suis même pas dans la hiérarchie des minéraux et n'ai donc pas ces vertus que l'on prête à l'ambre ou à l'onyx. Je vous dirai sans amertume que cela me contente. J'oserais même déclarer à qui veut bien l'entendre que cela me ravit. Au moins, je sais que l'on ne m'aime pas pour mon apparence, pour la richesse que je représente.

Mais qui m'aime ? Je ne suis qu'une pierre. Grise et légèrement rosâtre en mon milieu.

Je ne suis pas de celles dont on construit les édifices. Je suis bien trop petite pour cela. Pourtant, je serais fière de me glisser dans le secret des murs d'une cathédrale ou d'un château. Et pourquoi pas d'un manoir ? Je serais le témoin de cette vie qui anime les gens au fil des époques, je participerais à l'édifice qui les protège du froid et des intempéries. Je sais qu'ils m'aimeraient. Bien sûr pas moi en particulier mais ce foyer que mes congénères et moi leur permettrions d'apprécier. Un cocon. C'est étrange une pierre qui empilée sur une autre, sur cent autres, sur mille autres devient un cocon. C'est si dur une pierre. Je suis si dure malgré ma petitesse. Oh, elle me convient bien cette taille, je ne rêve pas de grandeur. Je n'envie pas ces rochers abrupts qui se transforment parfois en ennemi du promeneur. Moi, je me contente de ma place sur ce sentier arpenté par toutes sortes de pieds, de chaussures qui se posent sur moi m'écrasent parfois de leur poids quand ils se rendent au ruisseau tout proche.

Ce ruisseau, je n'en connais que le clapotis. Une fois, j'ai cru que j'allais pouvoir l'approcher de plus près, m'y plonger et goûter sa fraîcheur. Mais la main qui m'a effleurée a jeté son dévolu sur une voisine plus plate. Elle au moins lui permettrait de faire des ricochets sur la surface fripée de l'onde. Dommage.

Il est arrivé, par contre, que je fasse un bond à la faveur d'une chaussure qui jouait de moi comme d'un ballon. Oh, je ne suis pas allée très loin. Je n'ai même pas eu mal. Juste un peu sans dessus-dessous. Normal, je ne suis qu'une pierre.

Qui donc se baissera un jour pour me ramasser et m'emmener avec lui ou elle parce que j'aurai retenu son attention. Désormais, j'ornerais sa bibliothèque où il/elle me garderait précieusement dans sa poche ou dans un étui parce que je lui rappellerais un beau moment, une rencontre ou simplement parce qu'il/elle me trouverait une qualité qui m'échappe. Peut-être un jour, sur le chemin, ferais-je une belle rencontre.

Si j'avais une âme, je vous dirais que j'ai du coeur. Mais je ne suis qu'une pierre.