Gabriel. Un prénom au goût de miel. Un visage rond cerclé de boucles anarchiques d'un roux doré et serti de deux émeraudes rêveuses.Ce n'est pas un ange même s'il en a l'air et le prénom.

Mais l'air ne fait pas la chanson. Chanson du vent qui fait tourner les ailes du moulin en ruines.

Orphelin depuis que Don Quichotte a disparu, coupé en deux par la cruauté des hommes qui se moquaient de lui, le traitaient de fou.

Gabriel est là, contemplatif. Les deux émeraudes rêveuses se remplissent de larmes. Celles-ci ne couleront pas. Elles brouilleront les images quelques instants, les déformant.

L'arbre indigent de feuilles que les bourgeons ont déserté depuis ce funeste jour profile la silhouette frêle du chevalier juché sur sa monture. Peut-être même est-ce lui ? Il aimerait croire la chose possible mais il a vu la scène de ses propres yeux. Le grand échalas qui s'effondre alors que sombre sa raison sous les coups répétés des quolibets, moqueries et mimes grotesques.

Les ailes du moulin grincent sous l'assaut du vent. La porte délabrée claque. La terre est brûlée alentours. L'ombre noire de l'arbre n'abrite plus que les gémissements de Gabriel qui attend encore et encore.

Passez messieurs, dames, il n'y a plus rien à voir. Suivez la flèche pour ailleurs. Pour n'importe où. Mais ne restez pas ici.