Allongée, le corps planté d’aiguilles, je me laisse porter par la musique ambiante.  Les yeux fermés, je fais le vide.  Progressivement, elle entre en moi.  Je la laisse faire son chemin.  Sur la toile de mes paupières closes, je regarde le film qu’elle joue pour moi.  Mon imaginaire se laisse libre cours au rythme de cette mélodie.  Ce film est le mien car cette musique est le réalisateur de cette vie connue de moi seule.   Pas de jugement, pas de masque simplement une musique qui se fait le véhicule de mes émotions, de mes sentiments les plus intimes. La vie comme je voudrais l’exprimer dans toute la réalité de qui je suis.  Sans trahison, sans filtre.  Pour l’avoir essayé à maintes reprises, je n’entrevois que le silence de cette cabine et la sincérité de cette musique pour ne pas la déformer, pour pouvoir l’exprimer pleinement.

La vie celle qui est mienne derrière le masque des apparences, sans le filtre déformant des convenances et du vernis.  Un moment de sincérité qui n’appartient qu’à moi et que je souhaiterais pourtant connu de tous.

Il semble pourtant que le seul viatique dans notre société soit le camouflage, le port du masque obligatoire alors même que d’aucun s’insurge contre le port du voile propre à dissimuler votre identité.

Le masque.  Pour certains, il s’agit d’un vernis qui les rendra plus brillants, plus à leur avantage aux yeux de la société.  Pour d’autres, il est question d’une protection face aux attaques d’un monde sans scrupules qui craint comme la peste ces gens empreints de sincérité qu’ils taxent de marginaux.  On ne s’attaque pas aux convenances.  Il ne faut surtout pas déranger l’ordre établi.  Si certains y trouvent leur intérêt sans en souffrir en apparence, les autres se maintiennent la tête hors de l’eau entre deux apnées infligées par un nécessaire ressourcement.  Les plus téméraires se hasardent à évoluer dans l’expression sincère de qui ils sont. Sans fards. Nus. Offerts.      

Qui sont ces personnes qui bouleversent le monde des apparences ? Des fous ? Des inconscients ? Des trublions propres à chambouler l’ordre établi ? Si certains se moquent des jugements et quolibets, d’autres paient chèrement le prix de leur authenticité.