Assis près de la fenêtre, il regarde dehors le printemps faire son nid.  Cela fait des jours voire même des semaines qu’il n’est pas sorti.  Il y a longtemps sans doute.  Quelle importance.  Le temps n’existe pas.  Le temps n’existe plus.


Le monde extérieur est un cadre qu’il contemple de son fauteuil.  Quelle importance.  Le monde ne l’intéresse pas.  Ne l’intéresse plus. L’a-t-il d’ailleurs jamais intéressé ?

Claquemuré dans cette pièce aux murs jaunis par tant de cigarettes fumées encore et encore, il n’accorde que peu d’intérêt à ce qui l’entoure. Il ne regarde pas, il a juste les yeux ouverts.  Il est insensible à la beauté autant qu’à la laideur.

Il parle peu.  Juste ce qu’il faut.  Pas question de dialoguer.  Ce que les autres ont à lui dire ne l’intéresse pas.  Il les entend sans les écouter.  Très vite son regard traduit l’indifférence pour son interlocuteur.  Ses gestes se font impatients.  Il peut vous fixer impassible ou encore afficher de l’ironie. Vous lui poser une question ? Il ne vous répond pas.  Par contre, il est passer maître dans l’art des répliques assassines.  De quelques mots, il peut mettre au sol toute personne à portée de mots.  D’ailleurs, certaines se sont peu à peu éloignées. Découragées.  Lasses de se heurter humeurs, d’être foudroyées par ces orages de plus en plus véhéments.  D’autres ont résisté pensant vainement que leurs appels ne seraient pas sans réponse, qu’il saisirait un jour la main tendue.  Puis, le corps épuisé, l’âme meurtrie, elles ont gagné les rives du désenchantement et quitté ce sol désertique.

Les flatteurs, eux qui briquaient l’ego de cet oiseau au plumage enchanteur ont vite quitté le pont.  La première bourrasque a eu raison de leur amitié de pacotille.

Aujourd’hui, il a gagné.  Du moins le croit-il.  Pour ceux qui l’ont connu, ce masque figé, ce regard fermé parlent un autre langage.  Celui de la fragilité, peut-être meme de la souffrance.  Il n’en dira rien.  Jamais. A personne. Exprimer ses émotions, c’est verser dans la sensiblerie.  Telle est et a toujours été sa devise.  Prisonnier de ses émotions, il a construit autour de lui les murs d’une forteresse dont il ne pourra jamais sortir.