« Il était une fois, une note de musique… ». La formule n’est peut-être pas très appropriée. Il s’agit d’une annonce pour une recherche d’emploi pas d’un conte de fées. Le souci, c’est qu’en des siècles d’existence, je n’ai jamais eu à effectuer ce genre de démarche et n’ai jamais imaginé que je serais un jour amenée à le faire.  C’est bien simple, je ne savais même pas que çà existait.  

 

Je suis une note de musique et plus précisément un LA, sans fausse modestie.  Je suis née comme telle sous la plume de compositeurs des plus obscurs aux plus illustres.  J’ai été interprétée par les plus belles voix.  J’ai donné le ton à nombre d’orchestres.  Alors chercher un emploi ! N’en déplaise à ce godelureau de maître de musique qui a osé me dire, droit dans les yeux que j’étais désuète à l’ère du numérique soutenu par sa soprano qui a prétendu que j’égratignais ses délicates cordes vocale.  Bannie.  J’ai été bannie sans autre forme de procès.  Allons, mets un bémol à ta rancœur.

 

Quelques jours après l’envoi de mon sésame pour l’emploi, je reçois un courrier qui ne laisse pas de m’étonner.  Son auteur ? Une note de service qui salue ma démarche et mon courage.  Et de me dire que même si nos spécialités sont différentes, le même sort nous unit.  Et de me raconter sa mésaventure qui l’a conduite aux confins de l’oubli.  Rédigée et largement diffusée au sein de son entreprise pour promouvoir le bien-être des travailleurs, elle a été ignorée, foulée aux pieds, raturée.  Trop sociale qu’ils lui ont dit.  Depuis, elle a été mise au ban.

 

Puis d’autres lettres me sont parvenues. Etonnantes. Interpellantes. Saisisissantes.

 

L’une d’elles émane d’une note de frais.  Affichant un montant ridicule, elle était taxée de malhonnêteté. Mise en cause par d’autres jugées plus réalistes malgré la somme étonnament élevée qu’elles affichent.

 

Une autre parle aussi de son intégrité mise en cause. Sanctionnant la dissertation d’un élève par un 8/20 non usurpé, la voilà complice, malgré elle, de ce faux dans lequel elle se trouve associée à ce « 1 » qu’elle ne connaît pas.

 

Celle aussi de ce « nota bene » échappant trop souvent au regard du lecteur.  Considéré comme une quantité négligeable et de ce fait, négligé.  Renvoyé à son rôle ingrat de bas-de-page.  Ecrit de second ordre.

 

Extraordinaire, le vécu de cette note invisible aux yeux, comme dévorée par le papier sur lequel elle s’inscrivait pourtant de manière lisible et visible.  Scotomisée.  Des chiffres ou plus précisément une date disparue, envolée.

Encre sympathique ? Papier « numérivore » ?  Simplement des yeux qui avaient oublié de chausser leur paire de lunettes.

 

Et elles affluent.  Encore et encore.

 

Et pourquoi pas fonder un club ?  L’idée en a ravi plus d’une.

 

Depuis, nous nous réunissons mensuellement au sein du « Club des notes qui rient à pleines quenottes ».  Au diable la morosité et le pessimisme.  Nous rions ensemble de nos mauvaises fortunes et les remercions même de nous avoir donner cette chance de nous rencontrer.

 

Si j’ai retrouvé un emploi, ce n’est pas sans avoir reçu une belle leçon d’humilité et d’amitié…