D'abord, une plaine à perte de vue. Sans relief. Sans habitation ni végétation. Une terre brûlée à perte de vue. Un silence troublant et lourd.

Une longue silhouette courbée. Présence fantomatique. La tête est vide. Le coeur exsangue. Les yeux cernés. Le regard absent. Un ectoplasme. Un automate aux gestes lents et malhabiles. Les pas sont lourds et mal assurés. Il titube. Son équilibre est fragile.

Ensuite, des montagnes. Une alternance de hauts sommets et de précipices. Toujours plus haut, toujours plus bas. Sans le frisson. Sans le vertige. Même pas peur. Même pas froid.

Douloureux le corps. Fourbu. Brisé. L'ectoplasme est donc habité.

Anesthésié le cerveau. Le disque dur est saturé. Le regard est voilé par des larmes qui ne couleront pas. Qui ne coulent plus. Même pas triste. Même pas gai. Mais cette boule dans le ventre, cet étau qui enserre la gorge jusqu'à plus de mots, la mâchoire en acier. Ces émotions prisonnières qui vivent mais ne s'expriment plus. Qui se terrent dans cette forteresse à la façade lézardée et décrépie.

Puis le sol est moins accidenté, même si les cailloux sont encore nombreux sous ses pieds. Ça et là, une brindille, une frêle petite fleur. Plus loin, un petit arbre malingre dont les bourgeons sont augures d'une vie pleine de promesses.

Il lui arrive de sourire et même de rire franchement. La source des larmes est encore bien maigre. Mais parfois, il arrive qu'une larme échappe aux volets de ses yeux et glisse doucement le long de sa joue. Il ne l'essuie pas du revers de sa main. Il n'est pas heureux mais presque.

Demain, le printemps sera là et avec lui…le renouveau. Il le sait.